Nous passons une bonne partie de notre vie à faire. Travailler, décider, organiser, anticiper, résoudre les problèmes, prendre soin des autres, tenir bon quand il le faut… et parfois même quand il ne le faudrait plus.
Puis arrive le moment où l'on s'allonge sur une table de massage et où, pendant une heure, quelqu'un d'autre s'occupe de nous.
On ne nous demande rien. Il n'y a rien à produire, rien à réussir, rien à réparer. On peut simplement recevoir.
Cela paraît élémentaire. Pourtant, recevoir véritablement est une capacité que nous n'exerçons pas toujours beaucoup.
Et c'est précisément ce qui rend l'expérience du massage intéressante lorsqu'on s'intéresse à l'équilibre entre le Masculin et le Féminin.
Commençons par une précision importante : lorsque je parle ici de Masculin et de Féminin, je ne parle ni du sexe biologique, ni de rôles sociaux, ni de cette vieille distribution des tâches où Monsieur porte les meubles pendant que Madame choisit les rideaux.
Je parle de deux qualités que nous pouvons tous expérimenter en nous-mêmes.
Le Masculin peut être associé à l'action, à la direction, à la structure, à la décision, à l'affirmation et à la capacité de mettre quelque chose en mouvement. Le Féminin évoque davantage la réceptivité, l'écoute, l'intériorité, la sensation, l'accueil et la capacité à laisser advenir.
Nous avons besoin des deux.
Une existence entièrement tournée vers l'action finit par devenir épuisante ; une existence exclusivement tournée vers la réception manquerait probablement d'élan. L'équilibre ne consiste donc pas à choisir son camp, mais à pouvoir passer de l'un à l'autre avec suffisamment de souplesse.
C'est une idée que l'on retrouve notamment dans la pensée taoïste à travers le yin et le yang : deux principes complémentaires, interdépendants, qui ne cessent de se transformer l'un dans l'autre. Le yin n'est pas « la femme » et le yang n'est pas « l'homme » ; ce sont des qualités présentes dans la nature, dans nos activités et, si l'on veut employer ce langage symbolique, dans chacun de nous.
Il suffit d'observer une journée ordinaire.
Nous savons faire une liste de choses à faire, prendre un rendez-vous, envoyer un message, régler un problème, gagner du temps, optimiser notre organisation. Nous sommes même capables de nous détendre avec une efficacité redoutable : application de méditation, tapis de yoga, montre connectée et objectif de huit mille pas compris.
Recevoir est beaucoup moins cadré.
Recevoir suppose de ne pas être celui qui dirige pendant un moment. Il faut accepter de ne pas savoir exactement ce qui va se passer, laisser quelqu'un d'autre prendre soin de soi et, surtout, ne pas transformer l'expérience en nouvelle performance.
Même au cours d'un massage, certaines personnes continuent ainsi à « travailler » intérieurement : Est-ce que je suis suffisamment détendu ? Est-ce que je dois parler ? Est-ce que je respire correctement ? Est-ce que je vais réussir à lâcher prise ?
Le corps, lui, n'a rien demandé de tout cela.
Il aurait simplement aimé qu'on lui fiche la paix cinq minutes.
C'est peut-être l'une des dimensions du massage que je trouve les plus intéressantes.
Pendant une séance, la relation avec l'autre peut être débarrassée d'une grande partie de ce qui la rend habituellement complexe. Il n'y a pas de négociation, pas de compétition, pas de séduction à réussir, pas de conflit à résoudre. Le cadre est posé, les limites sont claires et le contact devient simplement un moyen de prendre soin.
Un massage peut ainsi offrir une heure de relation humaine sans enjeu particulier.
Cela peut être particulièrement précieux pour les personnes qui vivent beaucoup dans l'action, la maîtrise ou la responsabilité. Et oui, cela concerne beaucoup d'hommes ; non pas parce qu'ils seraient mystérieusement incapables d'avoir des émotions (ils en ont, promis, même si certains préféreraient probablement recevoir leur mode d'emploi avec la notice de la machine à laver), mais parce que beaucoup ont appris à valoriser l'autonomie, la résistance et la capacité à gérer.
Il arrive alors quelque chose d'assez simple : pendant une heure, ils n'ont pas besoin de gérer.
Le toucher humain fournit au système nerveux une multitude d'informations : pression, température, mouvement, rythme, proximité, prévisibilité. Dans un cadre professionnel et respectueux, le massage permet de recevoir ces stimulations sans avoir à y répondre autrement qu'en les ressentant.
La respiration peut naturellement ralentir, les muscles diminuer leur niveau de tension et l'attention se détourner progressivement du flot des pensées pour revenir aux sensations corporelles.
C'est l'une des raisons pour lesquelles le toucher occupe une place aussi importante dans la relaxation. Je l'explique plus en détail dans mon article consacré aux bienfaits du toucher et à la massothérapie, où je reviens notamment sur les effets physiologiques et psychologiques étudiés autour du contact corporel.
Le massage ne crée évidemment pas une bulle magique dans laquelle plus rien de désagréable ne pourrait nous atteindre. Il offre quelque chose de beaucoup plus concret : un moment pendant lequel le corps peut expérimenter une autre qualité de relation.
Il y a là une distinction qui me paraît essentielle.
Dans une société où le corps est souvent se.xualisé, le contact physique entre deux adultes est facilement interprété à travers cette seule grille. Pourtant, le toucher est infiniment plus vaste que la se.xualité.
Une main peut rassurer, soutenir, guider, apaiser ou simplement faire du bien. Un massage peut être profondément sensoriel sans être érotique ; il peut procurer du plaisir sans avoir pour objectif le désir se.xuel.
Cette nuance est importante, notamment pour les hommes, parce qu'elle permet de retrouver quelque chose de très simple : le droit de recevoir un contact humain agréable sans qu'il y ait nécessairement une intention cachée derrière celui-ci.
Il n'y a rien de particulièrement révolutionnaire là-dedans. C'est même plutôt une évidence. Mais une évidence que notre culture moderne, paradoxalement, a parfois rendue compliquée.
J'aime beaucoup cette métaphore parce qu'elle permet de sortir d'une autre confusion : celle qui consiste à croire que le relâchement serait l'inverse de la puissance.
Un muscle détendu n'est pas un muscle faible. Il est simplement sorti de sa contraction.
Un arc ne perd pas sa capacité à lancer une flèche parce qu'on cesse momentanément de le tendre ; au contraire, il ne peut remplir sa fonction que si tension et relâchement alternent.
Il en va probablement de même pour nous.
Nous pouvons être déterminés, solides, autonomes, capables de prendre des décisions et de traverser les difficultés, tout en ayant besoin de périodes pendant lesquelles nous ne faisons rien de tout cela.
La puissance n'exige pas la tension permanente.
C'est peut-être même l'inverse : savoir se relâcher permet de retrouver plus facilement sa force lorsqu'elle est réellement nécessaire.
C'est ici que la notion de Féminin devient particulièrement intéressante, à condition de ne pas la transformer en nouvelle injonction.
Le Féminin n'est pas une personnalité, une apparence ou une façon de s'habiller. Dans cette lecture symbolique, il représente notamment cette capacité à accueillir : une sensation, une émotion, un plaisir, un repos, un soin.
Et recevoir n'est pas être passif.
Il faut une forme de confiance pour se laisser masser, pour fermer les yeux et accepter de ne plus contrôler chaque détail de l'expérience. Il faut aussi être suffisamment présent à soi pour sentir ce qui est agréable, ce qui ne l'est pas, et savoir le communiquer.
C'est exactement ce que j'explorais dans mon article consacré à la capacité à recevoir et au plaisir d'être touché : le massage peut devenir une expérience très concrète de présence au corps et d'accueil du plaisir.
Finalement, la réconciliation du Masculin et du Féminin n'a peut-être pas besoin de commencer dans nos relations avec les autres.
Elle peut commencer beaucoup plus simplement : dans notre propre manière d'habiter notre corps.
Pouvoir agir sans être constamment dans la tension. Pouvoir s'affirmer sans être obligé de se durcir. Pouvoir prendre soin des autres sans s'oublier. Pouvoir recevoir sans culpabilité. Pouvoir être vulnérable sans avoir le sentiment de perdre sa valeur.
C'est une forme d'intégration qui n'a rien de spectaculaire.
Elle ressemble davantage à une respiration : inspirer, expirer ; avancer, s'arrêter ; donner, recevoir.
Aucune des deux phases n'est suffisante à elle seule.
Ils sont évidemment concernés.
Pas davantage que les femmes, mais pas moins non plus.
Je reçois régulièrement des hommes qui viennent chercher un massage pour leurs muscles, leurs tensions, leur récupération ou simplement leur envie de se détendre. Et derrière cette demande très concrète, il peut aussi y avoir le besoin de retrouver quelque chose de plus difficile à nommer : un espace où ils peuvent être pris en charge pendant un moment, sans avoir à être celui qui prend en charge.
Un massage corps entier personnalisé peut répondre à cette recherche de manière particulièrement intéressante. Le corps est pris en compte dans son ensemble, la pression et le rythme peuvent être adaptés, les huiles choisies selon l'expérience recherchée ; il n'y a pas de protocole rigide auquel il faudrait se conformer.
Il y a simplement une personne qui reçoit, une personne qui masse, et une heure consacrée à cette rencontre.
C'est aussi ce que je cherche à proposer dans mes massages à Davejean, dans les Hautes-Corbières, mais également lors de mes interventions au Domaine Castelnaut à Laroque-de-Fa et à l'Auberge Aux Berges du Libre à Félines-Termenès.
Massage californien, massage ayurvédique, massage Signature, massage aux pierres chaudes ou massage Résonance™ : chaque approche possède son propre univers, mais toutes ont en commun cette possibilité de ralentir, de revenir aux sensations et de laisser le corps sortir, pendant un moment, du mode « je gère ».
Et pour celles et ceux qui préfèrent ne pas se déplacer, je propose également le massage à domicile dans les Hautes-Corbières et le Lézignanais.
Parce qu'au fond, apprendre à recevoir ne demande pas forcément une grande révolution intérieure.
Cela peut commencer beaucoup plus modestement : s'allonger, fermer les yeux, respirer… et accepter, pendant une heure, que quelqu'un d'autre s'occupe de tout.
Même les plus grands guerriers ont le droit de poser leur épée.
Surtout lorsqu'ils la portent depuis un peu trop longtemps. 🖤